Thursday, March 29, 2012

エリー・デューリング「行為とイデア:バディウとコンテンポラリーアート」

エリーお得意の美学エッセイ、バディウ編。

 

« L’Acte et l’Idée : Badiou et l’art contemporain »

Elie During

« L’ACTE ET L’IDÉE : BADIOU ET L’ART CONTEMPORAIN »
ELIE DURING (Université de Paris Ouest-Nanterre)
Version modifiée d’un texte paru dans Autour d’Alain Badiou, I. Vodoz et F. Tarby (dir.), Paris, Éditions Germina, 2011, p. 57-79.



全文はこちらから。私の興味は「同時代性」の分析にある。

C’est du moins ainsi que j’interprèterais le régime contemporain de l’art, tel que le constitue le discours critique : comme une perversion du schème moderniste exposé par de Duve à partir du cas exemplaire de Duchamp. Ce raccourci, notons-le, présente l’avantage de ne pas recourir à la fable postmoderne de la fin des « grands récits ». Il permet aussi de tenir à distance l’interprétation peut-être trop charitable du « n’importe quoi » comme affirmation d’un art sans qualité, promotion du quelconque sous la grande équivalence Art = Vie. L’indiscernabilité de l’art et de la vie – trop rapidement assimilée à une indiscernabilité entre art et politique – est une proposition ruineuse pour l’art si elle se confond avec une simple esthétisation du quotidien [4] ; maintenue dans sa forme pure, comme stratégie de l’imprésentation, elle risque de conduire à sa dissolution sous la forme d’un activisme de l’opération furtive ou d’une mystique du désœuvrement, de sorte que se repose tôt ou tard la question de savoir comment instituer une scène de l’acte artistique qui maintienne l’évidence de l’art sans le faire basculer dans un histrionisme généralisé.

De cette affaire, Badiou retient l’essentiel, à savoir le primat de l’acte artistique comme puissance absolue de commencement, concentré dans le présent de son effectuation [5]. L’affirmation du présent comme mesure du réel, aux dépens de la sédimentation historique des formes et des codes légués par la tradition, explique que le geste artistique privilégié soit celui de la rupture, inséparable de l’institution du nouveau. La fonction du manifeste est d’inscrire formellement ce geste, de déclarer la nouveauté [6]. Il est certes tentant, de ce point de vue, d’assimiler l’acte artistique à un acte de langage, suivant un schème performatif qui semble s’accorder naturellement à la forme vide de l’impératif catégorique. Badiou ne va pas jusque là. Mais il est clair que si l’acte peut s’émanciper de l’objet et s’identifier, à la rigueur, à de simples gestes, voire à des « attitudes », il faut que l’art se soutienne constamment d’énoncés qui le manifestent dans le champ des productions culturelles. Quitte à ce que ces énoncés deviennent des « formes » travaillées pour elles-mêmes (comme on l’observe avec Fluxus, ou dans certains avatars de l’art conceptuel) ; quitte aussi à ce qu’ils se réduisent finalement à un constatif au contenu absolument indéterminé, dès lors que, chargé de manifester le caractère absolu de la volonté artistique, il s’applique virtuellement à tout ce qu’on voudra, là même où l’œuvre manque.

No comments: